Démineurs sans compétence…?

Imaginez une alerte à la bombe. Une tour dans laquelle se trouvent des centaines de personnes. Une multitude de bombes placées à des endroits stratégiques. Et des pièges: si les occupants de l’immeuble tentent de sortir de leur bureau ou de leur appartement, tout saute. Les coupables ont été appréhendés, mais ils refusent de collaborer: dans 6 heures, les bombes commenceront à exploser les unes après les autres.
Les occupants de l’immeuble vont paniquer et sortir dans les couloirs, déclenchant d’autres engins explosifs. Le seul espoir qu’il reste, c’est de rassembler une équipe de démineurs capables de tout désamorcer en quelques heures. Dès le début de l’alerte, tous les démineurs présents dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres ont été contactés et amenés sur place. Reste à composer l’équipe que l’on va envoyer. Est-ce que l’on va choisir celui qui est papa depuis 8 jours et qui flippe complètement? Ou le petit nouveau qui se porte volontaire parce qu’il n’a jamais participé à une opération comme celle-là et qu’il est là pour apprendre? Ou le vétéran qui a arrêté il y a 10 ans parce que ses mains commençaient à trembler? Demandez-vous qui vous aimeriez que l’on sélectionne pour constituer cette équipe. Vous répondrez sans doute: les meilleurs, ceux qui sont en pleine possession de leurs moyens, ceux qui connaissent ce genre d’explosifs, ceux qui ont l’esprit d’équipe, ceux qui ont participé aux formations de mise à jour concernant les dernières connaissances dans leur domaine, ceux qui n’ont pas froid aux yeux, ceux qui ne vont pas prendre de risques inconsidérés en jouant les héros, ceux qui savent ce qu’il y a à faire et qui savent ce qu’ils font. Bref, les meilleurs. Mais appelons-les autrement: les plus compétents.

Imaginez…

maintenant une situation de crise. Une société composée de centaines de millions de personnes. Une multitude de problèmes dans tous les domaines du tissu social. Et des difficultés imprévisibles: si les gens essayent d’améliorer leur quotidien, il y en a de plus en plus qui se cassent la figure. Et s’ils ne font rien, ils vont sombrer dans la précarité. Ceux qui sont à l’origine de cette crise ont été identifiés, mais ils refusent de prendre leurs responsabilités. Le seul espoir qu’il reste, c’est de mettre en place une équipe qui va instaurer un modèle de société capable de désamorcer la crise en quelques années. Dès le début de la crise, des politiciens, des économistes, des philosophes et des chercheurs de multiples horizons ont été convoqués. Reste à composer l’équipe à qui l’on va confier la résolution de la crise. Est-ce que l’on va choisir celui qui, en tant que député, ne participe qu’une fois sur 6 aux réunions du Parlement? Ou le petit nouveau qui vient d’être élu et qui confie naïvement à des journalistes qu’il va enfin comprendre comment tout ça fonctionne? Ou le vieux briscard que son parti ne parvient pas à dégommer, même s’il arrive souvent ivre mort aux réunions? Demandez-vous qui vous aimeriez que l’on sélectionne pour constituer cette équipe. Vous répondrez sans doute: les meilleurs, ceux qui sont en pleine possession de leurs moyens, ceux qui connaissent ce genre de situations, ceux qui ont l’esprit d’équipe, ceux qui ont participé aux formations de mise à jour concernant les dernières connaissances dans leur domaine, ceux qui n’ont pas froid aux yeux, ceux qui ne vont pas prendre de risques inconsidérés en jouant les matamores, ceux qui savent ce qu’il y a à faire et qui savent ce qu’ils font. Bref, les meilleurs. Mais appelons-les autrement: les plus compétents.

Si des démineurs incompétents avaient été sélectionnés et que la tour s’était effondrée en tuant des centaines de personnes, il y aurait sans doute eu des réactions quant à leur incompétence: des torrents d’indignation sur Facebook et Twitter, des marches blanches, des insultes, des procès. Mais la situation de crise que j’ai décrite et ses conséquences, tout cela est déjà là, sans beaucoup de réactions quant à l’incompétence des responsables. Mais c’est vrai qu’il y a une différence de taille: c’est nous qui les avons élus…

Extrait de « 2012-2200 – Petit Manuel pour Révolutionner le Bonheur »
Chapitre 8: La Gouvernance Gyrocratique
de Pierre Catelin avec Axelle De Brandt
2013 • CREAA Productions

Pierre CatelinPierre Catelin
Créateur de l’Approche de l’Alignement

Étudier les liens entre Développement de la Personne et Transformation de la Société, voilà ce qui me passionne depuis des dizaines d’années. Avec le CREAA, mon souhait est de rassembler des personnes pour œuvrer à créer les fondations d’une société meilleure. Ensemble, autrement.
www.imagine-aa.org

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