La Gouvernance Gyrocratique

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Définition

Pierre Catelin a baptisé le système de gouvernance qu’il propose ‶gyrocratie″, sur base de mots de l’ancien grec:

  • gyro-: cercle
  • et -cratie: gouvernement, pouvoir.

C’est une forme de démocratie qui inclut:

  • la compétence des électeurs et des élus
  • la délégation par suffrage concentrique
  • la prise de décision par consensus.

Le système gyrocratique peut évidemment s’utiliser chaque fois qu’il y a une décision à prendre en groupe et de ce fait peut s’utiliser dans d’autres domaines que la politique.

La gyrocratie en politique

Pour expérimenter la gyrocratie, la première étape serait, selon l’Asalisme, un grand débat à propos de la démocratie et plus spécifiquement tout ce qui concerne les compétences des électeurs et des élus. Cela devrait être un sujet prioritaire pour les Groupes Citoyens de Réflexion.

Ensuite, il s’agit de trouver un moyen de remplacer le système des élections actuelles par une formule de gyrocratie. Ce qui impressionne tout de suite, c’est le nombre de personnes concernées. Mais vous allez voir que l’on peut combiner efficacité et simplicité, tout en respectant l’esprit démocratique.

D’abord, approfondissez l’idée de compétence et le processus du consensus (voir ci-dessous). Puis, parlez du processus du Suffrage Concentrique avec quelques personnes autour de vous. Assurez-vous d’en avoir bien compris les principes et les mécanismes de mise en œuvre. Proposez ensuite le processus de la gyrocratie, par exemple, pour l’assemblée générale d’une association dont vous faites partie ou au sein de l’entreprise où vous travaillez. Comme cela va à l’encontre d’habitudes profondément ancrées, prenez tout le temps nécessaire pour préparer toutes les personnes concernées, sinon vous courez droit à la catastrophe et vous risquez que ces personnes se ferment à ces idées pour un bon moment.

La compétence

Définissons sommairement la notion de compétence. Quelle que soit la voie dans laquelle vous vous engagez, il est impératif que vous ayez les compétences pour le faire:

  • un savoir (des connaissances) et, depuis Internet, un savoir comment savoir
  • un savoir-faire (une maîtrise technique)
  • et un savoir-être (une évolution personnelle suffisante).

Il vous faudra donc être très honnête avec vous-même et faire l’inventaire des compétences acquises et la liste des compétences à acquérir. Et prendre le temps de vous former. L’incompétence mène toujours à l’erreur, à la négligence et au gaspillage. Si vous voulez apporter votre contribution à un monde meilleur, il faut d’abord devenir meilleur pour le monde. Devenez comme vous aimeriez que les autres soient. Demandez-vous dans quel genre de monde vous aimeriez vivre. Et contribuez à faire évoluer le monde dans cette direction.

Le consensus

Lorsque plusieurs personnes discutent à propos d’un projet commun, elles ont chacune leurs opinions et leurs objectifs. Qu’il s’agisse de préparer des vacances, de voter une loi ou de la réglementation des pauses-café au sein d’une entreprise, que se passe-t-il bien souvent? Chacun essaie de convaincre les autres d’adopter son point de vue. Alors, on négocie un compromis. Cela veut dire que chacun y a mis du sien, a fait des concessions, a mis de l’eau dans son vin, a fait des sacrifices. Bref, que personne n’est complètement satisfait, voire que tout le monde est frustré. Et puis, on vote et la majorité l’emporte. Cela veut dire que ce système reconnaît à la majorité le droit d’imposer sa volonté à la minorité, dont les besoins ne sont donc pas pris en compte. Le pire dans tout cela, c’est que “arriver à un compromis” est devenu un objectif avoué, que plus personne ne s’attend à un résultat plus satisfaisant, qu’on puisse même en retirer une certaine fierté.

Prendre des décisions par consensus exige des protagonistes certaines compétences:

  • être capable de définir clairement un objectif
  • avoir accès à ses idées et ses émotions et être capable de les exprimer
  • être capable d’accepter l’autre dans sa différence et le traiter avec respect
  • être capable de communiquer de manière non-jugeante
  • avoir une attitude systémiste
  • et, bien sûr, avoir une connaissance suffisante du sujet faisant l’objet de la décision.

Vous voyez clairement que des lacunes dans ces compétences risquent d’embrouiller le processus.

Le suffrage concentrique

La proposition de l’Asalisme est de voter toujours pour quelqu’un que vous connaissez personnellement. Avant de réagir à cette proposition, prenez le temps de lire la présentation du suffrage concentrique…

L’objection que l’on peut faire au mode de décision par consensus, c’est que c’est envisageable pour des petits groupes, que cela devient inconfortable dans des groupes de plusieurs dizaines de personnes et que c’est certainement impraticable à l’échelle d’un pays, voire même d’une région ou d’une localité. Alors, est-on dans l’impasse? Pas du tout et la solution est utilisée depuis bien longtemps: cela s’appelle la démocratie représentative. Mais, en Asalisme, il s’agit d’une formule de démocratie représentative un peu particulière.

L’essence de la démocratie représentative, c’est la délégation: comme, au sein d’une nation, les citoyens sont trop nombreux pour intervenir personnellement chaque fois qu’il y a une décision à prendre, ils délèguent leurs pouvoirs à des représentants. C’est le type même d’une bonne idée mal appliquée. Parce qu’il y a actuellement un hiatus entre le citoyen qui vote et le représentant à qui il délègue ses pouvoirs. Quand vous votez, que savez-vous du candidat que vous voulez élire? Est-il intelligent, sage, avisé, juste? Connaît-il ses dossiers? Sait-il les présenter correctement? A-t-il du respect et de la considération pour ses collègues? Va-t-il exposer les idées et les projets qui vous tiennent à cœur? Sinon, à quoi bon voter pour lui? Bref, avez-vous vraiment les moyens de voter pour un candidat autrement que sur base de son charisme ou de ses coups de gueule? Ou de sa campagne de pub?

Le suffrage concentrique est le processus démocratique de délégation des pouvoirs, utilisé en gyrocratie, en combinaison avec la compétence et le consensus. Le principe est de constituer des petits groupes qui choisissent en leur sein un ou plusieurs délégués, qui forment d’autres petits groupes réunissant d’autres délégués, de manière concentrique, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul petit groupe, à qui l’on délègue les pouvoirs de décision.

Prenons par exemple une commune de 60.000 habitants, subdivisée en 6 districts de 10.000 habitants, eux-mêmes subdivisés en 5 secteurs de 2.000 habitants: cela donne 30 secteurs de 2.000 habitants. Ce qui correspondrait par secteur à un nombre maximal de quelques centaines d’électeurs (parce que toutes les personnes compétentes ne seraient pas nécessairement électeurs: il faudrait aussi qu’elles aient la disponibilité et l’envie de participer au processus…). Ces électeurs se réuniraient en petits groupes de 6 à 8 personnes pour déterminer les personnes les plus compétentes. Ces « délégués » se réuniraient à leur tour en petits groupes pour déterminer en leur sein les personnes les plus compétentes. Jusqu’à ce qu’il reste un seul petit groupe: celui des personnes les plus compétentes.

Une remarque: le processus de prise de décision par consensus semble lent au début mais, une fois les premiers « socles » de consensus atteints, il devient très rapide.
Et une autre remarque, très importante: il ne faut pas prendre le suffrage concentrique pour une organisation pyramidale, hiérarchique du haut vers le bas. Le principe est la délégation des pouvoirs, pas la concentration du pouvoir.

Cela peut sembler étrange que ce soient les candidats eux-mêmes qui choisissent entre eux et parmi eux les plus compétents. Mais personne n’est mieux placé qu’un candidat pour évaluer si un autre candidat est plus ou moins compétent que lui-même. Nous touchons là l’essence du suffrage concentrique: une attitude appelée ‶agapisme″. En ancien grec, ‶agapê″ se réfère à l’idée d’amour fraternel. Les repas fraternels des premiers chrétiens s’appelaient d’ailleurs des agapes. En Asalisme, l’agapisme est donc une attitude qui consiste à prendre des décisions sans ego et de manière systémiste. Par exemple, lorsque plusieurs personnes sont assises autour une table pour décider qui est le meilleur candidat d’entre eux pour un poste à pourvoir, ils sont censés faire passer le bien commun avant leurs intérêts personnels, en votant pour le candidat le plus compétent même s’il ne s’agit pas d’eux-mêmes. L’agapisme suppose donc un travail sur soi en profondeur, suffisant pour pouvoir prendre des décisions sans ego.

Pour conclure

L’élément sans doute le plus important de tout ceci, c’est que la démocratie gyrocratique remet le pouvoir de gouverner (‶-cratie″) entre les mains du peuple (‶démo-″) organisé en cercles (‶gyro-″). Même si le pouvoir de tous les électeurs n’est pas un pouvoir de décision (là, ce serait le désordre total), ils ont une influence concrète, visible, effective sur la vie politique. Et c’est de cela dont nous avons besoin: des gens compétents dont la voix est entendue.